Une réflexion m'est progressivement venue depuis mon retour en France. Je ne me serais d'ailleurs peut-être jamais
posé la question sans mes années à l'étranger.
Faites-vous attention aux campagnes visuelles des agences de voyages, des compagnies aériennes, ou même des pays eux-mêmes ? La grande majorité, dans les magazines, sur les murs ou la
télévision, part en gros sur le même principe : présenter 1. les beaux sites et/ou paysages du pays, 2. des gens en habits traditionnels qui sourient. Parfois les deux.
Quoi de plus normal, me direz-vous ? C'est bien naturel que de vouloir vendre toutes les jolies choses de son pays, non ? Que serait la France sans la tour Eiffel et le Mont
Saint-Michel ? Que serait le Vietnam sans la baie d'Halong ? Que seraient les Etats-Unis sans les tours jumelles ? Ah non, mauvais exemple.
Quoiqu'il en soit, permettez-moi de vous poser cette question en retour : où sont les gens, dans ces pubs? Les vrais gens, ceux qu'on rencontre dans la rue, ceux avec qui on peut boire un
coup et rigoler un brin, ceux qui sourient ou qui font la gueule, ceux qui nous regardent, ceux avec qui on négocie les babioles, ceux qui mangent, ceux qui dansent en boîte, ceux qui
transpirent, ceux qui… vivent? Où sont les familles, les gamins, les chauffeurs de taxi, les vendeurs de cigarettes, de fringues, de souvenirs, de soupes, de riz, de cartes de recharge
téléphoniques, de casques à moto, les flics, les voisins, les cousins de la tante, les banquiers, les fonctionnaires, les dentistes, les joueurs de cricket*?
Ca n'a l'air de rien, comme ça, dans une pub, mais c'est pour moi révélateur d'une certaine vision du tourisme, et plus généralement du voyage. On retrouve cette approche dans une grande partie
des séjours, organisés ou non : voir le maximum de sites, faire le maximum de choses intéressantes pointées dans le guide pendant le peu de temps dont on dispose.
Plus ça va, plus j'ai l'impression que l'on s'éloigne de l'essentiel. Faire des photos, acheter des souvenirs, lire un guide, marcher, bien bouffer, se faire bronzer, nager, comme je le fait,
comme nous le faisons tous, au final, est-ce bien différent de ce qu'on pourrait faire en France ?
Un voyage, c'est souvent présenté comme une ouverture d'esprit, comme un partage, comme un enrichissement commun. Mais l'ouverture, le partage, ce n'est pas seulement rigoler avec la serveuse au
restaurant. Ca passe par des vraies conversations, des questions, de la curiosité. De l'humilité, aussi. Et du temps avec les gens.
Et tout ça, ces rapports humains, je trouve que ça manque. Que trop de gens rentrent de l'étranger en disant "j'ai fait ça" mais sans dire "j'ai rencontré celui-là". Qu'on nous habitue,
insidieusement, innocemment, à comparer nos différences, alors que la rencontre devrait, à mon sens, aller vers l'inverse : nous rapprocher, mettre en évidence nos ressemblances… Et que
c'est fort dommage en cette époque où il n'a jamais été aussi facile de voyager, tandis que paradoxalement les communautés ont tendance à se refermer sur elles-mêmes...
Dans cet esprit, bien entendu tout à fait subjectif, peut-être peut-on aller vers un peu plus de vrai partage quand on voyage. En réduisant le nombre de sites et de choses à voir, en restant plus
longtemps aux mêmes endroits, et en cherchant à passer plus de temps avec les gens. Chercher des petits restaus, des petits lieux de vie pas forcément dans les guides. Des lieux "normaux". Y
retourner. Se faire couper les cheveux. Acheter à manger au marché. Aller dans un cyber café local. Jouer au foot.
Et, dans la même veine, on peut aussi réfléchir comme ça quand un étranger vient en France : garder quelques jours hors monuments/musées pour montrer le petit PMU de son quartier. Le
présenter à la boulangère. Aller à la piscine municipale. Toutes ces choses, finalement, qui montrent la France telle qu'elle est et pas forcément cette image surannée d'un pays sans âge… et pas
forcément très sympathique, quand on reste dans les clous touristiques.
Aujourd'hui, je pars vraiment en voyage dans cet état d'esprit. Comme ce voyage au Maroc, où je n'aurai vu, finalement, que peu de "grandes" choses, mais où j'aurai partagé tant de petites
richesses au quotidien. Y ai-je vraiment perdu au change?
*OK, peut-être pas les joueurs de cricket
Mardi 15 avril 2008
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Publié dans : Maroc 2008
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