Personnellement, je l'utilise quasiment tous les jours
Dan Simmons - L'échiquier du mal
Barjavel - Le voyageur imprudent
Thank you for smoking

A Paris, un soir de semaine à la terrasse d’un café Place des Ternes, un gars discute avec une fille, et lui parle de « s’expatrier en province ».
A Paris, dans les théâtres, il faut donner un pourboire aux ouvreuses, et certaines te le réclament sans complexe. La première fois, ça surprend.
A Paris, dans le 17e, ya une femme qui jetait des poignées entières de riz pour les pigeons dans la rue. Son chien suivait, tranquille.
A Paris, l’autre jour, un jeune dans le métro, a gueulé « Lève la tête salope ! ». En face, une femme qui marchait en regardant son portable. Le gars a quand même rajouté « merci ».
A Paris, ya des gars qui font la course en vélib sur la côte de Ménilmontant. Ca s’appelle Vélibmontant.
A Paris, à côté de Pigalle, on voit des gens qui jouent des billets de 50 euros dans la rue.
A Paris, un autre soir, le sol de la rame de métro collait tellement que ça faisait un bruit d’enfer à chaque fois qu’on levait le pied. Du coup, plus personne n’osait bouger.
A Paris, les patrons de bars adorent les jeux de mots : L’eau Peine Bar, l’An Vert du Décors, Juice Do It, Abracadabar, le 40 Bar…
A Paris, dans le XIe, il y a un bouquiniste où c’est tellement le bordel que c’est marqué quelque part « Attention au classement, c’est
beaucoup de travail ».
A Paris, une chaîne de cafés sert des cappuccinos « délicieusement tendres ».
A Paris, au parc Monceau l’autre jour, un asiatique prenait en photo ses nuggets à emporter.
A Paris, dans mon quartier, un marseillais détaillait la recette de la daube camarguaise à une tantie chinoise.
A Paris, je connais deux stations de métro plus profondes* que mes 6 étages et 108 marches.
A Paris, un soir, quelqu’un m’a dit bonsoir dans la rue. Juste pour dire bonsoir.
*saurez-vous dire lesquelles ?
Un retour, c’est toujours super passionnant. Je ne sais pas quoi mettre en avant : le RER Charles de Gaulle – Paris à 7h du matin, le ménage l’après-midi, le lavomatic obligatoire, le frigo à remplir via le Champion du quartier… Bref, de quoi faire un best seller, je ne sais pas par quoi commencer. J’aurais dû prendre des photos.
Dernières heures en Guinée, le temps de faire la tournée des grands ducs : le Directeur National de l’Aquaculture, le Secrétaire Général du ministère (le ministre était pris), le bailleur du projet. Tous pour faire le point sur nos missions respectives à Jérôme et à moi.
Nous profitons également du temps qui nous reste pour rencontrer Christoph, jeune passionné d’images et accessoirement allemand, qui pourrait
nous aider pour le film. Nous déjeunons avec Didier, un spécialiste en SIG qui nous donne quelques clés pour avancer dans notre travail. En passant, nous nous régalons de la merveilleuse
brochette de lotte de la Gentilhommière. S'il y avait un seul restaurant à bénir en Guinée, ce serait celui-là. Et je ne dis pas ça parce que c'est le premier que j'ai connu en arrivant
ici.
Un petit passage par Air-France, il est déjà 17h. Nous rejoignons Plein Sud pour conclure, et surtout répartir les tâches et fixer les délais pour la suite. Deux heures de réunion, soit sur une
grande terrasse face à la mer et une bière à la main, mais réunion de boulot tout de même. Hélène nous rejoint un peu plus tard, et nous accompagne même à l’aéroport. C'est quand même un grand
moment de gentillesse.
23h30. Après un dernier verre au bar de l’aéroport, je quitte de nouveau la Guinée.
Il est midi, nous arrivons enfin à Conakry. Voyage sans histoire, à part une petite difficulté pour trouver du gasoil à Kindia, deux heures avant. Mais c’est une habitude. Au km 36, le barrage traditionnel de l'entrée d'agglomération, Chrissante est allé faire viser notre ordre de mission par les militaires, signé par Nicolas qui est lui-même dans la voiture. Habitude administrative complètement inutile pour nous autres, mais c’est comme ça. Même s’il est autorisé de faire le même trajet en taxi sans aucun papier officiel.
AFVP à midi. Déjeuner léonais et (très) pimenté avec les Conakrykas, une petite douche avant la reprise des affaires : je retrouve à 15h nos deux cadres de l’administration pour 2h30 de restitution de mes premières conclusions. Je parle beaucoup, je crois, ils ont l’air fatigué à la fin. Mais satisfaits, aussi.
Un p’tit poisson et une bière pour finir la journée. Demain, dernier jour, rendez-vous institutionnels. Dans 24 heures, l’avion pour Paris.
Chrissante le chauffeur, Nicolas le chef, Mathieu le remplaçant, Jérôme le missionnaire, moi l'ex-volontaire. Un pick-up Tatayoto Milux bleu nuit, une bâche grise montée sur tubulures à l’arrière. Des sacs. Des bouteilles de gaz. Deux frigos. Oui, deux. 950 km. 16 heures de route. Minimum.
Parce que oui : pas d’avion aujourd’hui. Prochain train pour Conakry prévu le 23 novembre 2035 (au plus tôt). Et une restitution demain en capitale…
Retrouvailles avec le goudron et les pistes de la Nationale 2. Première étape : N’Zérékoré-Mamou. Nous dormons au « novotel » du coin : 3 étages, restau et boîte intégrés. La soirée est courte et la nuit réparatrice. Un peu, en tout cas.
Et finalement, ça fait plaisir de retraverser le pays, mine de rien. Bouffer un riz à 15h30 et sucer des bonbons à la menthe toute la journée. Croiser de temps
en temps un taxi avec 35 personnes dedans, 18 sur le toit et 7 dans le coffre. Pisser en pleine savane. Voir les lueurs des feux de brousse à l'horizon...
Que du bonheur.
Journée de boulot sans histoire, des trucs de base de données, pas de quoi faire vibrer les foules. Par contre, il fait bien lourd, aujourd’hui. On n’est plus en saison sèche ou quoi ?
Le soir, Sunset toujours, dernier verre avec Nathalie avant son retour à N’Zérékoré et le mien à Conakry. Un peu plus tard, je passe dire au-revoir à Yvonne de la Croix Rouge avec l’ami Jeannot. Petit coca et gâteau au chocolat, on papote devant la télé. Tiens, le vent se lève. Et d’un coup d’un seul, crack ! L’orage explose ! Les tôles vibrent sous le vent et la violence de l’eau, des portes claquent, la parabole est coupée du monde et une grosse branche tombe sur la voiture… Le ciel est en colère, sans doute impatient de reprendre ses droits. La sécheresse recule le temps du chaos passager…
La pluie est passée, la branche enlevée de la voiture, je raccompagne Jeannot. Encore un au-revoir, ça commence à bien faire.
Demain, nous partons pour Conakry. Déjà.
Bon, pour les images, ça va. On sait à peu près ce qu’on veut et comment il faut les filmer. Le scénar, maintenant. Vous avez déjà écrit un scénario de film documentaire vous ? Voilà. Et bien nous non plus. On a bien essayé d’appeler Pernoud, Augier ou Hulot, mais tous étaient occupés, Dieu sait à faire quoi. C’est quand même terrible le show-biz.
Bref, on doit se débrouiller tous seuls avec nous-mêmes, comme qui dirait.
Jérôme et moi, chacun sa feuille blanche, un stylo à la main. Allez. Hum. Alors, heu. Par quoi commencer ? Quelques idées viennent par ci par là. Pas terrible. On n’avance pas, là.
Deux heures plus tard, toujours pas de ligne directrice. Ca part dans tous les sens, on ne sait pas comment présenter la chose. On ne trouve pas le fil rouge, comme des pros nous l’ont conseillé. Ou plutôt, on n’arrive pas à le mettre en forme.
Et là, comme une fleur, Nicolas débarque, nonchalamment, et sort : « Ben, prenez d’abord des pisciculteurs, ensuite un groupe, et à la fin la profession. On élargit au fur et à mesure, quoi. »
…
Ah oui, tiens, pas bête.
Sunset, un peu plus tard, l’éternelle Skol à la main, soirée d’au-revoir : demain, les amis Anna (espagnole) et Simplice (ivoirien) rejoignent Abidjan, mariage en vue ! Leur scénario, ils vont l’écrire au jour le jour, eux. Bon vent à vous…
Un des trucs en Guinée dont je n'avais pas parlé jusqu'à présent il me semble, est la difficulté de prendre des photos ou des vidéos sans l'accord explicite d'une autorité quelconque. En village, pas de problème, c'est plutôt en ville qu'il vaut mieux faire attention. D'où, d'ailleurs, la quasi-absence d'images de N'Zérékoré ou de Conakry en dehors de celles prises par dessus le mur du jardin.
Sur ces bases, en arrivant à Palé (un gros village que nous ne connaissons pas) dans l'objectif avoué de filmer le marché hebdomadaire, nous nous garons directement devant la sous-préfecture. Réunion au sommet à l'échelle locale : le sous-Préfet en personne, son adjoint, le Président et le vice-Président du canton, et toute une tripotée de collaborateurs. Douze Guinéens pour cinq Français.
Ayant fait les choses dans les règles, nous obtenons rapidement l'autorisation (orale) et investissons les rues, camescope à la main, accompagnés du vice-Président.



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