Mali 2006

Jeudi soir, 22h15. Arrivé, enfin, à N’Zérékoré. 52 heures, jamais vu ça (cf. Transporipéties). Combien de fois me suis-je demandé "Qu’est-ce que je fous là ?" ou dit "C’est pas possible, on y arrivera jamais"? Je ne sais pas, je ne veux plus savoir.

Gare routière de N’Zérékoré, la nuit : pas de taxi. Un gars, à la sortie du notre, nous propose des lits pour la nuit. A 3 km de chez moi. Je lui dis "tu me donnes un million que je dormirai pas ici". Il rigole.

Pied de nez à toutes les merdes survenues ces deux derniers jours, un unique taxi, comme providentiel, m'attend à la sortie de la gare.

Jeudi 1 juin 2006 4 01 06 2006 16:22
- Par Sylvain
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16 heures. J’attends le départ du minibus pour la Guinée depuis 2 heures. Je ne sais pas encore que n’arriverai à N’Zérékoré que dans 2 jours (cf. Transporipéties)

Les filles sont parties avant moi, ce matin, pour Bamako. Je les ai accompagnées à leur taxi. Tout s’est passé bien vite, et la parenthèse se referme déjà. Les dix jours passés ensemble font déjà partie des souvenirs.

J’ai mangé ce midi avec Jérôme. Un dernier au revoir. La Guinée m’attend…

Mardi 30 mai 2006 2 30 05 2006 16:20
- Par Sylvain
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Aujourd’hui, repos. Nous avons laissé nos amis cueilleurs et cueilleuses reprendre le travail (qui se termine demain) et profitons d’une journée tranquille à Yanfolila. Après une bonne grasse mat’ réparatrice, je rejoins les autres pour un tour au marché, un thé vert traditionnel au Marcoussis Bar et un passage chez Djénéba, une des amies de Rachel et Hélène rencontrée en janvier. Chez cette dernière, de nombreuses amies et des enfants nous font passer un moment sacrément agréable.

Au Marcoussis, auparavant, le gérant (j’ai oublié son nom), nous avait offert le thé après m’avoir appris à le faire : deux théières, thé vert, sucre et menthe pour la boisson la plus populaire du pays.

Et cette discussion, à nouveau sur les histoires de couples : les filles, plutôt outrées de l’attitude générale des Maliens face à leurs femmes, ont lancé le sujet du droit des femmes et de l’égalité des sexes. Nos compagnons, visiblement septiques, expliquent que c’est simplement différent ici. Ils nous parlent aussi des "célibacoqs", ces tombeurs célibataires à plusieurs maîtresses. Et de rappeler que les femmes, loin d’être complètement démunies face à des hommes tous puissants, conservent un grand pouvoir sur leur conjoint : celui de décréter "l’embargo sur le lit".

Lundi 29 mai 2006 1 29 05 2006 16:18
- Par Sylvain
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Aujourd’hui, cueillette. Environ deux heures de route de Yanfolila. Cueilleurs et cueilleuses entassés dans le pick-up. Une journée dans la plantation.

Armés de leurs perches de bois, un couteau fixé au bout, pointe vers le bas, les hommes décrochent les fruits et les déposent délicatement sur le sol. Les femmes, elles, coupent la tige des mangues à leur base et les retournent sur le sol, afin d’éliminer la sève, source de taches sur la peau disgracieuses et peu vendeuses. En fin d’après-midi, tous les fruits sont stockés dans des caisses de plastique rouge, protégés des heurts de la route par un matelas de leurs propres feuilles.

Pour nous, une journée à donner des coups de main, à discuter, poser des questions, à prendre des photos et à jouer avec les enfants du village. A la pause de 15 heures, le menu du jour : riz sauce aubergine. A la main (droite), comme il se doit et comme en Guinée.

Symbole ou pas, le retour est proche.

Dimanche 28 mai 2006 7 28 05 2006 16:15
- Par Sylvain
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Au fait, pourquoi sommes nous à Yanfolila ? Petit trou paumé à 6 heures de Bamako, ½ page dans le Petit Futé, pas vraiment une destination touristique incontournable, qui plus est pendant un séjour de 10 jours à peine.

Ce qui nous amène à Yanfolila, ce n’est donc pas une magnifique chute d’eau de 150 mètres, des grottes rupestres connues et reconnues dans l’ensemble de la communauté archéologique, des plages de sable blanc à perte de vue ou une réserve naturelle foisonnant de vie sauvage. Non, ce qui nous amène à Yanfolila, ce sont… les mangues.

Rachel et Hélène, membres d’une assoc’ de développement en France, suivent un petit projet d’appui à la commercialisation des mangues… en Alsace ! La mangue de Yanfolila, très appréciée localement, sur les étals de Colmar ou de Sélestat, et même une journée de la mangue organisée tous les ans…

Jérôme, l’étudiant qui nous accompagne depuis vendredi, doit justement réaliser une petite étude sur les possibilités de transformation locale. Mes deux camarades profitent donc de ce voyage pour aller rendre visite aux personnes déjà rencontrées en janvier dernier lors de leur première mission, et accessoirement pour réaliser un petit reportage photographique sur la cueillette des mangues, dont une doit justement avoir lieu ce week-end. Et moi en accompagnateur, content de découvrir un contexte absolument pas touristique dans une région qui plus est proche de la Guinée.

Dimanche 28 mai 2006 7 28 05 2006 16:12
- Par Sylvain
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Yanfolila, te voilà! Grâce à Pascal, animateur rural, et à son pick-up, j'ai rejoint toute l'équipe en cette petite ville non loin de la Guinée , en pleine région Wassoulou malienne, réputée notamment… pour ses mangues.

Jérôme, qui vient en stage pour trois semaines justement dans la mangue, doit faire la tournée des Grands Ducs, et nous l'accompagnons : Président de l'Union des Producteurs, sous-Préfet adjoint, ancien et nouveau Maires. Formalités remplies, une sympathique cérémonie nous accueille à bras ouverts. Célébration féminine d'un mariage. 5 ou 6 griottes, porte-voix à la main, annoncent à grands renforts de chansons et de beaux discours les offrandes des convives. Notre propre offrande présentée et chaudement remerciée, une étoffe posée sur nos genoux nous invite à danser avec ces femmes de tous âges, au rythme des tambours improvisés, des chants enjoués des griottes et des rires d'à peu près tout le monde.

La chant d'une des femmes, superbement décalé, insolite, inattendu, accompagnera nos rêves du soir : "Je suis rigolo, je suis née comme ça, je suis rigolo…".

Samedi 27 mai 2006 6 27 05 2006 16:33
- Par Sylvain
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3 heures du matin, après 10 heures de route. Mopti est déjà loin dans nos têtes et Bamako et ses taxis de nuit nous accueillent.

Aujourd'hui, nous devons partir à Yanfolila, mais je dois, avant et coûte que coûte, me faire faire un visa (cf. 'Passeporipéties').

16h30, visa en poche, je me dirige vers le grand marché. Les amies et Jérôme, stagiaire à Yanfolila venant d'arriver, m'ont précédé, faute de visa en temps voulu.

Marché rose, ou Grand Marché de Bamako. J'aime bien les marchés, leur ambiance, leurs odeurs, leur joyeux bordel. Celui-là entre également dans la catégorie des marchés à touristes (mais pas que), avec son lot de rabatteurs inévitables, d'autant plus tenaces que nous sommes en basse saison et que les Toubabous de mon espèce ne courent pas les rues…

Bonne poire et de bonne humeur, après avoir éconduit un premier vendeur de maillots de foot non sans difficulté, je suis un autre gars dans l'antre de son magasin de souvenirs. J'avais prévenu, dès le départ, que je ne voulais rien acheter, que je revenais du pays dogon, que je n'avais plus d'argent, etc. Mais tenaces, je vous dis.

Je suis finalement sorti avec 300 FCFA (3 FF) de bracelets de perles en poche. Tant d'efforts pour si peu… je crains les avoir un peu déçus.

Le bon côté des rabatteurs, par contre, c'est qu'il y en a toujours un pour t'aider à trouver ce que tu cherches. Et aujourd'hui, en fait, je cherche un peu. Des bracelets et des colliers pour Carine, qui va bientôt quitter la Guinée. De fil en aiguille, de couloirs en échoppes jusqu'à un deuxième marché, marché de l'artisanat celui-là, mes trouvailles, nettement facilitées par mes guides du jour, dépassèrent largement mes espérances.

Vendredi 26 mai 2006 5 26 05 2006 16:31
- Par Sylvain
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Dernier jour, dernier riz dogon. Terrasse d'un petit hôtel de Bandiagara, avec Sibiri, Jean-Philippe, une photographe Canadienne rencontrée en cours de route et un bon échantillon des guides de la ville. Dont celui-ci (j'ai oublié son nom), dragué naguère par un vieux Sud-Américain et depuis gentiment moqué de ses pairs à chaque fois qu'ils le peuvent. Et ce midi, ils le pouvaient.

Un bon moment, ce dernier riz.

Au revoir et merci, Sibiri, pour ta gentillesse, ton humour et ton professionnalisme. Ton pays n'aurait pas été pareil sans toi.

Jeudi 25 mai 2006 4 25 05 2006 16:29
- Par Sylvain
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M. Ali, instituteur dogon de Bégnématou, notre dernière étape avant le retour à Bandiagara. Rencontre édifiante, instructive. Un peu désespérante peut-être aussi.

L'école de Bégnématou est une école communautaire : elle fonctionne grâce aux dons des villageois. Pas d'argent ni de personnel d'Etat. Les instituteurs, dans ce type d'école, sont souvent des contractuels mal payés et peu formés.

M. Ali est une exception : ancien fonctionnaire, il a en quelque sorte sacrifié une partie de sa carrière pour venir enseigner ici, son pays d'origine. Depuis son arrivée, tous les enfants du village fréquentent les trois classes disponibles. Une troisième salle est en construction grâce au don d'une ONG étrangère. Les gamins ont davantage de chances d'aller au collège…

A l'échelle du village, M. Ali a décuplé le niveau d'éducation.

Une bien belle histoire… sans issue? M. Ali a déjà fait beaucoup mais ne sera pas là éternellement. Mal payé, il aimerait bien trouver un meilleur poste, quelque part. Mais pour être remplacé par qui? Un nouveau contractuel incompétent? Pour un retour à la case départ?

Seule voie, seul salut, que l'école devienne publique. L'Etat, alors, enverrait des instituteurs. Le dossier est en cours, mais M. Ali n'a que peu d'espoir. Trop peu de dossier aboutissent, il n'a pas de connaissances haut placées au ministère… et qui se soucie d'une petite école de paysans du pays dogon? M. Ali se sent impuissant.

Alors il reste, il s'accroche, malgré tout. Il repousse l'inévitable, clé de voûte sans laquelle tout s'écroule.

A pied vers l'église et les répétitions de sa chorale, nous quittons M. Ali. Peut-être les chants maladroits et leurs belles prières créeront-ils un peu d'espoir à ces gosses ayant trop peu d'avenir. Et qui, sans doute, ne sont pas totalement conscients de la chance qu'ils ont…

Jeudi 25 mai 2006 4 25 05 2006 16:27
- Par Sylvain
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Depuis le départ, on discute pas mal avec Sibiri. C'est un très bon guide : intéressant mais pas lourd, entraînant, drôle, tout en conservant une certaine distance polie et professionnelle. Cela n'empêche pas, au contraire, d'échanger avec lui de tout et de rien, du Mali comme de la France, de politique, de sport, de musique ou autres choses plus futiles.

Le sujet du jour a commencé, comme souvent, au détour d'une conversation, avec une remarque de Sibiri. Nous nous extasions devant les oiseaux bleus, les arbres gris-vert, les falaises ocre et les chèvres noir et blanc.

A notre énième exclamation d'admiration extatique devant ce qu'il considère comme l'expression de la plus désespérante banalité, Sibir s'interroge à haute voix : "mais vous trouvez tout beau, vous ?".

De fil en aiguille, en passant par la beauté des fleurs, concept qui d'ailleurs le dépasse quelque peu, nous en arrivons à ce qui nous intéresse : la séduction. Une grande partie de l'après-midi et de la soirée ont ainsi été consacrées à l'énumération des épreuves, des faux espoirs, des jeux de patience, de compréhension et d'humour, des promesses sans trop en dire, des manipulations, tortures mentales et cardiaques qu'un homme doit insidieusement endurer pour séduire n'importe quelle femme occidentale de constitution normale*.

Avec, au hasard :

1.La faire rire, sans être trop lourd.

2.L'écouter et faire semblant d'être sensible et intéressé

3.Lui faire des cadeaux (comme des fleurs, hein) mais pas trop ni trop tôt

4.Ne pas être trop direct dans ses intentions mais ne pas négliger d'envoyer de temps à autre quelques signes discrets

5.Ne jamais oublier que c'est toujours la fille qui mène la barque

Etc.

*Rappelons que 2 filles occidentales ont participé du début à la fin à cette conversation, et que je n'invente rien.

Sibiri, plutôt avide d'apprentissage en début de conversation, après 157 soupirs de découragement devant tant d'embarrassements potentiels, optera finalement pour le statut quo, privilégiant la méthode malienne, éprouvée mais ô combien plus simple (et comme il a eut raison, le bougre) : 

1.Tu embrasses la fille.

2.Tu lui demandes de coucher avec toi.

3.Par chance, elle dit oui, et le tour est joué.

3bis.Si elle dit non, un petit cadeau la prochaine fois devrait faire l'affaire.

3ter.Si elle dit vraiment non, de toute façon sa copine est pas mal non plus.

Mercredi 24 mai 2006 3 24 05 2006 18:20
- Par Sylvain
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