Le cauchemar de Darwin

Publié le par Sylvain

Aujourd’hui, mardi, une fois n’est pas coutume, toute l’équipe est réunie au bureau (normalement les animateurs partent sur le terrain le lundi). Comme en mars dernier, nous organisons un forum technique, 1 journée ½ de débats sur deux ou trois points techniques particuliers. En marge, cet après-midi, Caroline a proposé de visionner le Cauchemar, ouverture à un débat intéressant sur les impacts potentiels d’une introduction d’espèce sur l’environnement, sur la mondialisation et aussi sur le choix des images.

 

Pour ma part, j’ai trouvé le film instructif mais un tantinet malhonnête. A visionner ces images, on a l’impression 1. que toute la population autour du lac dépend de la production industrielle de perche du Nil et que 2. ces poissons n’apportent que misère et désolation sur place en faisant le bonheur des seuls exportateurs. Sans compter les spéculations sur le trafic d’armes, apparemment non fondées si j’en crois des contre-enquêtes réalisées par la suite.

On ne peut pas remettre en cause la véracité des images de ces vies détruites – ces gamins des rues qui se battent pour la bouffe, ces prostituées aux mains des pires ordures, la véritable catastrophe écologique de l’introduction de la perche – mais le réalisateur ne nous montre que ça. La ville filmée est la deuxième du pays. Il y a du goudron, des téléphones portables, une classe moyenne, des restaurants, des taxis, des gens bien habillés, des immeubles, tous invisibles à l’écran. Comme si la vie, là-bas, n’était qu’entreprises pourries et bidonvilles de miséreux.

De même, à aucun moment n’est présentée la consommation locale de perche du Nil, comme si tous les pêcheurs étaient pieds et poings liés aux industriels. Or les ¾ des poissons ne sortent pas du pays.

Bref, vu de France, la vision misérabiliste de l’Afrique trouve ici un support, comme une preuve que l’Afrique s’enlise dans un non-développement sans fin, aux prises à un capitalisme dévorant, sans aucun espoir…

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