Les voisines
Depuis que Marion et Thomas sont arrivés, je connais mes voisins. Oui, pas très fier de ça, mais c'est comme ça : je saluais quasiment quotidiennement depuis mon arrivée mais je ne connaissais pas leurs noms. Ceux des enfants, particulièrement. Mariam et Aïcha, les deux jumelles, Fatimata leur petite sœur, Idrissa le grand frère, Mori le petit. Depuis quelques semaines, ils sont régulièrement à la maison, sous l'autorité de leur monitrice de choc, Marion, qui leur fait faire de la pâte à modeler, des dessins, des leçons de français parfois aussi…
Ce soir, les trois sœurs et Mori sont là. Musique, les jumelles dansent admirablement bien, comme tant de gamins de leur âge, à s'exercer depuis qu'elles tiennent debout.

L'autre soir, ils étaient tous là pour un film, dans la chambre des colocs, Mori s'est vite endormi. Ils ont passé un bon moment, même si je crois qu'ils n'ont pas compris grand-chose aux évocations de princesses, de dragons, de bonne fée et du royaume "for for lointain"…
En tout cas, tant d'innocence, de joie, d'espièglerie et de rires font plaisir à voir et à partager.
Par contre, les quelques leçons de français auxquelles j'ai pu assister rappellent cruellement les grandes lacunes du système éducatif du pays : à 10 ans, les filles ont du mal à conjuguer des verbes de base, lisent très difficilement... Pas très étonnant cependant : le quotidien à parler en Malinké en famille, les méthodes d'apprentissage ensuite, le par cœur systématique sans aller plus loin, et le niveau des instituteurs relativement faible… Les efforts de Marion, louables, s'attaquent à gros. Et combien de gosses dans le pays qui, à vingt ans, sauront à peine lire correctement et effectuer un calcul de base?