Cache misère
Il y a tellement de choses qui font mal au cœur, dans ce pays potentiellement riche et où les gens ont de plus en plus de mal à acheter du riz. L'inflation est tellement forte et incontrôlée qu'il y a quelques semaines, le sac de riz a atteint les 125.000 francs guinéens, soit 25 euros. A titre de comparaison, nous payons nos gardiens (plein temps) 200.000 FG/mois, et c'est déjà un bon salaire. Le seuil critique a d'ailleurs été frôlé: des attaques de camions de riz ont eu lieu à Conakry en juillet, et le gouvernement a dû finir par réagir et à fixer un prix plafond pour le riz. Après quelques semaines nécessaires à la mise en place de la mesure, le riz se trouve maintenant à 85.000 FG (13 euros). Jusqu'à quand?
Autre exemple, même contexte d'un pays miné par la corruption, où la population ne croit plus en rien, même plus en son propre pouvoir de changer les choses: les routes de N'Zérékoré, dans l'ensemble, sont complètement défoncées. Le marché, par exemple, n'est qu'un champ boueux de trous et d'anciens morceaux de chaussée. La plupart des rues sont plus ou moins dans cet état. Pourquoi l'argent prévu pour l'entretien de la voirie serait utilisé, alors qu'il est tellement bien au fond de quelques poches officielles? Et depuis deux semaines, que voit-on? Des engins de chantier raccommodant les routes. Traduire: tassant de la terre dans les trous, histoire de faire propre pendant quelques semaines. Dans deux mois, les trous seront de nouveau là. Ai-je précisé que les élections communales arrivent bientôt?
Le cas de la grande mosquée de N'Zérékoré, enfin. Plusieurs milliards dépensés (quelque chose comme un million d'euros, je crois). Le maître d'oeuvre, soucieux d'améliorer le quotidien de sa famille, a quelque peu dépassé la dose de sable incorporé au béton.
En mai dernier, fort heureusement avant la fin des travaux et sans faire de victime, une des quatre tours de l'édifice s'est effondrée…
Depuis, le chantier, Dieu sait pourquoi, est toujours debout. Et les locaux, les poches vides et avec en tête les sommes gigantesques si brillamment investies, plaisantent avec amertume sur le présumé destructeur de la tour: il aurait pissé un peu trop longtemps sur le mur.