Drôles de bestioles
Il est 7h30. Il fait un peu frais ce matin. La nuit dans la rizière a été courte. Ma compagne était nerveuse. L’instinct maternel, sans doute. Le petit à protéger. Et le village de bipèdes si proche…
Ils ne nous aiment pas, je crois. Je peux souvent sentir leur peur ou leur colère. Tout ça pour quelques malheureux grains de riz ? Prudence. Sages étaient les conseils de mes parents : éviter ces fragiles humains. Fragiles et dangereux.
Mais ceux-là, alors ? Une heure qu’ils nous suivent. Ils ont repérés nos traces et nos crottins. Je pense qu’ils nous entendent depuis peu. Six, à vue de nez, cinq mâles, une femelle, et quatre pas d’ici. Un drôle de boucan, comparés à nous. Comment peut-on être si petit et faire autant de bruit ? Je les ai entendus venir depuis longtemps.
Il y a un homme du village avec eux. Je connais son odeur. Il les aide à nous pister. J’ai l’impression qu’ils ne nous veulent pas de mal. Madame a fait mine de charger, tout à l’heure, pour les maintenir à distance. Mais ils sont calmes. De temps à autre, ils placent un objet bizarre devant leurs yeux.
Nous les évitons soigneusement, nous enfonçons davantage dans la forêt. Eux profitent des allées forestières pour nous retrouver un peu plus loin. Je barris à plusieurs reprises. De toute façon ils savent que nous sommes là.
Ca y est, les voilà partis. Ils ont l’air satisfaits. Ma compagne est rassurée. Finalement, ils ne nous ont pas inquiétés longtemps. Un camarade m’a raconté, un jour, qu’un autre groupe similaire l’avait cherché une journée entière… Je n’ai toujours pas compris l’intérêt des bipèdes à dépenser de l’énergie pour nous suivre sans nous chasser. Pas de nourriture à la clé. Pas de territoire à défendre.
Ces humains sont décidément imprévisibles.