Quinquina
Une ancienne plantation de quinquinas. Double symbole de l’époque coloniale : à l’époque, la seule source de quinine, le produit miracle contre le paludisme. Essence indochinoise implantée ici et en Côte d’Ivoire. Et la caricature de la plantation coloniale, villa du Maître comprise, au sommet de la colline, ça va de soi. Le village des travailleurs en contrebas, et un modeste barrage hydroélectrique pour faire tourner l’usine d’extraction. Je préfère ne pas imaginer les conditions de travail. D’après le guide, les méthodes singulières du fondateur de la plantation avait mené à la révolte… Bref.
Troisième symbole, non moins triste : celui d’un pays en déliquescence. Plantation : abandonnée (rentabilité ? Peut-être). Maisons : en décrépitude avancée. Plus grave : le barrage : bouché. Faute d’entretien. Ici où l’énergie est une denrée si rare et si précieuse…
Je m’interroge. Pourquoi, alors que ce barrage aurait sans doute pu servir un moment, a-t-il été abandonné ? Manque de compétences pour l’entretien ? Admettons, mais j’en doute. Négligences, plutôt. Manque de conscience collective ? Rejet des responsabilités ? Problèmes de corruption et d’intérêts personnels divergents ? Peut-être un peu de tout ça. Qui saura, de toute façon.
Mais cette question se pose aussi dans le « développement » et l’assistance actuelle. Des centaines de millions d’euros en infrastructures, en puits, en aménagements agricoles, en dispensaires, en écoles, en entrepôts… Et tellement, tellement, qui se dégradent trop vite ou sont carrément abandonnés au départ du projet ou du bailleur. Je ne généralise pas, mais c’est malheureusement fréquent. Comme ces puits villageois en Angola dont tu parlais, Matthieu, pas du tout entretenus et qui finissaient par être inutilisables… De l’eau pour les gosses, merde !
Je m’interroge, donc. A quoi ça sert, tout ça ? Aider une population locale à court terme, assurément (et encore, une petite part). Aider au développement du pays, là je commence à en douter sérieusement. Pourquoi ces puits étaient-ils abandonnés ? Parce qu’ils venaient d’ailleurs. Parce que seuls les Blancs pouvaient les entretenir correctement. Parce que les Blancs reviennent toujours…
Je ne ferai qu’enfoncer des portes ouvertes en disant que, dans la majorité des cas, l’Aide n’aide pas. Elle maintient ces pays (populations et gouvernements) dans un assistanat étroit, une dépendance malsaine. Regardez, nous avons construit 500 puits ! Ah, c’est bien, mais vous en aviez construit autant au même endroit il y a 15 ans. Ah bon, vous êtes sûrs ?
Beaucoup de gens, de plus en plus, s’alarment, crient, revendiquent, dénoncent. Et qu’est-ce qui change ? Rien.
Une solution, peut-être. Extrême et de toute façon politiquement incorrecte de nos jours. « Sacrifier » l’Aide. Laisser ces pays se démerder, trouver des solutions par eux-mêmes. Cesser de les maintenir dans cet état de croyance que toute solution ne peut venir que de l’Occident. Une véritable responsabilisation. Je sais, on parlerait d’abandon, de cynisme. On appellerait à la responsabilité de l’humanité. On ne pourrait pas laisser ces populations dans la merde. Mais en en soulageant une partie à court terme, combien seront dans l’exacte même situation dans 20 ans ? Dans 50 ans ?
Ou alors, tout miser sur l’éducation. Prenons le cas de la Guinée : 85% d’analphabètes et des élites rares et muettes. Pas étonnant que le pays recule…